Jésus-Prêt Robert Georges

Jésus-Prêt Robert Georges

Né le 10 juillet 1915 à Elne (Pyrénées-Orientales). Mort le 12 mars 1972 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Fondateur et animateur du mouvement des " Faucons rouges " dans les Pyrénées-Orientales. Militant des Jeunesses socialistes SFIO et du Parti socialiste SFIO. Fondateur du PSA dans les Pyrénées-Orientales. Militant du PSU, il revint plus tard militer à la SFIO, avant d’adhérer au nouveau Parti socialiste. Créateur du " Foyer Léo Lagrange de Perpignan ". Président de la Fédération nationale " Léo Lagrange ". Maire de Matemale (16 novembre 1968-mars 1972).

Robert Jésus-Prêt naquit à Elne, grosse bourgade du Sud de la plaine du Roussillon, mais il passa son enfance à Perpignan. Sa famille était, selon la nécrologie publiée dans L’Indépendant du 13 mars 1972, " profondément républicaine ". Toutefois sa femme, Yvonne Fitte a confié lors d’un entretien (12 avril 1984) que la famille Jésus-Prêt était catholique pratiquante. Son père était issu d’une famille de treize enfants dont les trois fils aînés préparèrent le concours d’entrée à Saint-Cyr et firent une carrière militaire ; il exerça quant à lui le métier de représentant de commerce ; sa femme n’avait pas de profession.

Robert Jésus-Prêt fréquenta l’école primaire de garçons " Jean-Jacques Rousseau " à Perpignan. Il poursuivit sa scolarité à l’EPS de cette ville mais interrompit ses études sans avoir passé d’examen.

Il débuta dans la vie professionnelle comme monteur de pneus à la maison Figuères, boulevard Clemenceau à Perpignan. Par la suite, il travailla comme représentant des vins Nadal de Port-Vendres (Pyrénées-Orientales). En 1939, il fut embauché comme VRP en vins doux naturels chez Payra, liquoriste à Perpignan. Il fit toute sa carrière professionnelle dans le secteur des vins et des liqueurs. Avant sa mort, il était directeur commercial de la " Liqueur des Pyrénées ".

Robert Jésus-Prêt adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO à Perpignan en 1933. Ce fut au sein du groupe local de la JS qu’il fit la connaissance d’Yvonne Fitte avec qui il se maria civilement à Perpignan le 13 janvier 1939 : quatre enfants naquirent de cette union, un garçon et trois filles nés en 1942, 1944, 1945 et 1947.

Avant 1936, le groupe de Perpignan des Jeunesses socialistes SFIO, créé au début des années 1930, groupait une quarantaine d’adhérents et était très actif. Robert Jésus-Prêt et Yvonne Fitte se lièrent d’amitié avec certains de ses membres : Joseph Berta fils, René Cristol qui fut un moment le secrétaire du groupe, Jean Giralt (voir ce nom dans le Maitron). Dans le cadre du groupe des Jeunesses socialistes de Perpignan, Robert Jésus-Prêt participa à la fondation du SCOP (Sporting club ouvrier de Perpignan) qui installa son siège à la Bourse du Travail, place Rigaud, et qui groupa plusieurs sections dont certaines — celles de rugby et de ping-pong — furent très actives.

Il fut également, avec sa future épouse, l’un des créateurs, au plan local et départemental du mouvement des " Faucons rouges ". Il s’occupait des " Faucons rouges " perpignanais dès juin 1935. En décembre 1935, il apparaissait toujours comme en étant le responsable. Pendant l’été 1935, il organisa un camp à la montagne pour les " Faucons rouges " perpignanais : le maire SFIO d’Err, Barthélémy Llédos (voir ce nom dans le Maitron) prêta des terrains qui permirent d’accueillir les fils d’ouvriers perpignanais qui formaient la quasi-totalité de l’effectif des " Faucons rouges ".

En août 1935, Robert Jésus-Prêt était secrétaire des " Faucons rouges " des Pyrénées-Orientales (le trésorier était Jean Giralt). Le mouvement avait en effet essaimé dans d’autres communes et le besoin d’une structuration départementale se faisait sentir. Ce secrétariat était provisoire ; il devint officiel le 4 septembre 1935. Ce jour-là, en effet, fut constituée la " section catalane des Faucons rouges ". Robert Jésus-Prêt en fut réélu secrétaire général le 6 janvier 1936.

Robert Jésus-Prêt occupa divers postes de responsabilités au sein des Jeunesses socialistes SFIO. Secrétaire du groupe de Perpignan en novembre 1934, il assurait toujours cette fonction en juin 1935.

En août 1935, il était secrétaire de la Fédération des Jeunesses socialistes SFIO des Pyrénées-Orientales. Le comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes des Pyrénées-Orientales le confirma à ce poste lors de sa réunion du 5 novembre 1935 : le secrétaire adjoint, un " adulte ", était alors Pascal Bernole (voir ce nom dans le Maitron).

L’activité militante de Robert Jésus-Prêt fut interrompue par le service militaire qu’il effectua dans l’aviation à Istres puis à Fréjorgues. Il fut renvoyé dans ses foyers en novembre 1938.

Avant septembre 1939, il milita dans les rangs de la SFIO, sans occuper de postes de responsabilité.

Il fut mobilisé en septembre 1939 à la base d’hydravions de Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), à une quinzaine de kilomètres de Perpignan. Il resta là pendant toute la durée de la guerre et fut démobilisé peu après l’armistice. De 1940 à 1944 Robert Jésus-Prêt ne participa pas à la lutte clandestine d’un mouvement de Résistance. Occasionnellement, il hébergea des Belges que leur voisine, Mme Noguès qui " travaillait " pour une filière d’évasion vers l’Espagne, lui confia.

À la Libération, Robert Jésus-Prêt s’occupa à nouveau des Jeunesses socialistes SFIO. Au début du mois de septembre 1944, il fut élu secrétaire d’une éphémère " Union de la Jeunesse catalane " créée dans l’euphorie de la Libération et qui groupait, d’après le communiqué publié dans le quotidien perpignanais le Républicain, les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes SFIO, les Jeunesses catholiques et les Jeunesses des MUR.

Par la suite, Robert Jésus-Prêt quitta les " Jeunesses " et milita à la section SFIO de Perpignan. Accaparé par d’autres tâches (voir ci-dessous), il occupa peu de responsabilités dans le parti. Il se contenta de siéger à la commission administrative fédérale avec J. Giralt, il fut responsable fédéral de la SFIO au congrès des JS et assista au congrès départemental de cette organisation le 12 novembre 1944. En 1946, il siégeait au Comité national des JS.

Lors de la " querelle " qui opposa Louis Noguères (voir ce nom dans le Maitron), maire de Thuir et président du conseil général au jeune Arthur Conte, futur président de l’ORTF — " querelle " qui coupa en deux la Fédération SFIO de 1949 à 1952 — Robert Jésus-Prêt prit parti pour le courant communément qualifié alors d’" orthodoxe ", celui dont le chef de file était Louis Noguères.

Robert Jésus-Prêt fut candidat à Perpignan aux élections municipales du 26 avril 1953 sur la liste présentée par le Parti socialiste SFIO (voir Depardon Félix). Il ne fut pas élu.

À partir de 1956, Robert Jésus-Prêt fut en désaccord avec la politique algérienne du gouvernement Guy Mollet. Il quitta donc le Parti socialiste SFIO. Il participa en 1958 à la fondation du PSA dans les Pyrénées-Orientales, parti dont il fut un des dirigeants départementaux. En 1960, il assista au congrès départemental de fusion entre le PSA et l’UGS qui donna naissance à la Fédération du PSU. Il milita dans les rangs du PSU de 1960 à 1964. Robert Jésus-Prêt fut délégué des Pyrénées-Orientales à divers conseils ou congrès nationaux du PSA et du PSU.

En mars 1959, Robert Jésus-Prêt fut candidat aux élections municipales à Perpignan sur la liste présentée par le PSA, l’UGS, l’Union progressiste, les radicaux " mendésistes " et la Ligue des droits de l’homme.

En 1969, il revint au Parti socialiste au sein duquel il milita jusqu’à sa mort. Il siégea à la commission exécutive fédérale du Parti socialiste des Pyrénées-Orientales.

Ce fut en tant qu’initiateur du mouvement des " Foyers Léo-Lagrange " que Robert Jésus-Prêt acquit une notoriété qui dépassa le cadre départemental.

En effet, dès 1945, il prit l’initiative, aidé par quelques amis, militants des JS d’avant 1939 (comme René Cristol et Fajol) de créer, dans les caves de la Chambre de commerce de Perpignan, le premier foyer " Léo-Lagrange " de France. Le premier bal organisé par ce foyer fut présidé par Jules Moch. Par la suite, Félix Mercader (voir ce nom dans le Maitron), le maire socialiste SFIO de Perpignan en poste depuis la Libération, donna à ces jeunes socialistes entreprenants un vieux bâtiment municipal, rue Zamenkof, qui tombait en ruines. Eux-mêmes, grâce à la compréhension d’un entrepreneur, Bataille, contribuèrent à la remise en état de ces locaux qui furent pendant de nombreuses années le siège du foyer " Léo-Lagrange ". Dans celui-ci furent aménagés un bar et une salle de réunions. Les JS et le Parti socialiste SFIO y établirent leur siège (qui fut plastiqué par l’OAS en novembre 1961). Le foyer organisa des bals tous les samedis et dimanches : leurs recettes, et celles du bar, permirent de financer les activités du centre sportif du foyer " Léo-Lagrange ". Plusieurs sections sportives furent mises sur pied : football, ping-pong, boxe, cyclisme, et plus tard, athlétisme, pétanque, escrime, lutte, judo, karaté, etc. En 1965, le foyer " Léo-Lagrange " de Perpignan comptait environ 2 000 adhérents.

Robert Jésus-Prêt fut le président du foyer " Léo-Lagrange " de Perpignan, jusqu’à sa mort en 1972.

Le foyer " Léo-Lagrange " fut bientôt un exemple pour les Jeunesses socialistes, au plan national. Lors d’un congrès des JS tenu à Nîmes (Gard) en 1953 (ou 1957 ?) fut créée la Fédération nationale " Léo-Lagrange " dont Robert Jésus-Prêt demeura un des dirigeants jusqu’à sa mort. Lors du Ve congrès de la Fédération nationale " Léo-Lagrange " (Paris, Palais de l’UNESCO, 1961) les membres fondateurs, dont Robert Jésus-Prêt, furent nommés à vie au conseil national. Au sein de cette Fédération, il occupa les fonctions de " délégué au sport ". Ce fut dans la Fédération " Léo-Lagrange " que Robert Jésus-Prêt et son épouse se lièrent d’amitié avec Pierre Mauroy qui en fut le président avant de devenir un des dirigeants nationaux du PS et d’occuper la charge de Premier ministre.

Robert Jésus-Prêt fut élu maire d’une petite commune montagnarde du Capcir, Matemale, à la suite d’un scrutin partiel, le 16 novembre 1968. Ce fut un peu fortuitement qu’il fut amené à s’intéresser à ce village. L’EDF avait édifié, à proximité de Matemale, un barrage. Sa construction avait nécessité, près du chantier, l’implantation de locaux réservés aux ouvriers. À la fin des travaux ces maisons devinrent vacantes et l’EDF chercha des acquéreurs. Robert Jésus-Prêt, en sa qualité de président du foyer " Léo-Lagrange " de Perpignan, décida donc d’y implanter un centre de sports de montagne " les Corrioletes ", dont il assura l’animation.

Il fut réélu maire de Matemale le 27 mars 1971 et le demeura jusqu’à sa mort. Pendant ses mandats furent créés le centre de ski de fond, " la Capcinoise " et le lotissement près du lac artificiel. Il fit également restaurer l’église.

Robert Jésus-Prêt mourut d’un double cancer au rein et au pancréas. Ses obsèques civiles eurent lieu en présence de nombreuses autorités. La levée du corps s’effectua à la suite d’une veillée funèbre dans les locaux du foyer " Léo-Lagrange ". Ce fut Pierre Mauroy, qui prononça l’oraison funèbre. Selon ses vœux, Robert Jésus-Prêt fut inhumé à Matemale le village du Capsir auquel il s’était attaché.

SOURCES DU MAITRON : Révolution, organe mensuel des JS des Pyrénées-Orientales, 2 décembre 1935. — Le Cri socialiste, 1934-1935 et n° du 11 janvier 1936. — Le Républicain, 5 septembre 1944. — L’Indépendant, 22 avril 1953, 2 mars 1959, 9 mars 1959. — Interview de Mme Yvonne Jésus-Prêt, née Fitte (Perpignan, 12 avril 1984). — Informations communiquées par M. André Cazals et Mme Antoine Héclaux, militants de l’UGS puis du PSU à Perpignan (Perpignan, 17 avril 1984). — Informations communiquées par le secrétariat de la mairie de Matemale (20 juillet 1984). — L’Indépendant (Perpignan), 13 mars 1972 (nécrologie), 15 mars 1972 (compte rendu des obsèques). — Le Midi-Libre, édition des Pyrénées-Orientales, 16 février 1975. — Le Cri socialiste, nouvelle série, 25 novembre 1944, 9 février 1946.

A. Balent

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